On vous a déjà conseillé ou vendu un livre avec cette remarquable phrase : “tu vas voir, ça se lit tout seul” ? Moi oui. Le dernier en date : “Stoner” de John Williams. Un livre qui se lit tout seul écrit par le compositeur de la musique de Star Wars ? Super, il doit être pour moi.
Sauf que ce n’est pas le même John Williams.
Ah.
Bon, je le lis quand même.
Alors, en gros, c’est l’histoire d’un homme, William Stoner, bouseux de son état, envoyé à l’Université du Missouri au début du XXe siècle pour une formation en agronomie. Sauf que ce jeune homme va, grâce à un professeur, rencontrer l’amour. Mais pas n’importe lequel : l’Amour pour la Littérature. Ni une, ni deux, il plaque l’agronomie et la chimie des terres agraires pour se concentrer sur sa nouvelle passion. Il devient professeur d’université.
La force de ce roman, qui raconte toute sa vie, tient dans le traitement des personnages. En effet, vu comme ça, on pourrait croire à une histoire d’élévation sociale (le bouseux qui devient intellectuel grâce à l’éducation) mais c’est dans les faits plus compliqué que cela. Les choix de vie de Stoner ne viennent pas de lui : il devient enseignant poussé par un professeur, son choix de ne pas s’engager dans l’armée est là encore dicté par les autres. Et quand il se marie avec Edith, certes belle mais un peu timbrée, il ne fera toujours que ce qu’elle attend de lui. Stoner, Edith, les membres de l’Université : tous sont dépeints d’une manière assez corrosive. J’ai adoré certains passages pour cela, en particulier le personnage d’Edith, femme dépressive capable de tout pour maintenir une façade correspondant aux conventions sociales.
Oui, mais voilà. Le problème avec les livres “qui se lisent bien”, c’est qu’à moins qu’ils soient extrêmement bien ficelés, à un moment, on s’emmerde. Et dans “Stoner”, cela m’est arrivé à plusieurs reprises. L’histoire de cet homme est plus ou moins prenante, et surtout, l’écriture pet être un peu maladroite. Il est à noter que la traduction est d’Anna Gavalda, qui souhaitait vraiment faire découvrir au public francophone ce “chef d’oeuvre méconnu”. Sa première traduction, donc, qu’elle a (c’est ce qu’elle dit dans les interviews) vu comme une libre adaptation du matériau d’origine, presque comme une réécriture. Et j’ai comme l’impression que, sur la longueur, elle s’essouffle. Et c’est dommage.
En face des livres “qui se lisent bien”, on met souvent les livres plus denses, qui nécessitent de “rentrer dedans”, apprivoiser l’écriture, l’univers. Pas forcément plus réussis, mais de façon générale plus intéressants. Cette transition toute pourrie est juste un moyen pour parler d’un auteur et de deux titres en particulier, qui, contrairement à “Stoner”, ont un véritable souffle qui jamais ne diminue en intensité. Je ne peux m’empêcher d’en parler ici à cause de la triste nouvelle apprise aujourd’hui : le décès de Jacques Mucchielli, jeune écrivain dont en particulier les nouvelles écrites avec Léo Henry dans “Yama Loka Terminus” et “Bara Yogoï” correspondent tout à fait à cette définition. Et pour ne rien vous cacher, ces deux recueils de nouvelles ont été de vrais grands plaisirs de lecture… Une vraie densité dans l’écriture, un imaginaire assez génial, un univers très particulier qui m’a rappelé Volodine. Bref, pour ceux qui ne connaissent pas, laissez-vous tenter par le voyage, ça vaut vraiment la peine… Et merci Jacques pour tout ça.