scalpel et décomposition

Posté dans Documentaire le décembre 8, 2011 par chickenloveuse

(Oui, je travaille mes titres afin que “décomposition” dépasse “pubis sans poil” pour aboutir à mon blog…)

Intrigants et glauques, les médecins légistes arrivent à faire parler les morts, et rien que ça, c’est classe… Alors quand l’un d’entre eux raconte son quotidien, pourquoi pas ?

Pour une fois qu’un titre n’est pas mensonger, il est bien de le noter : ces chroniques d’un médecin légiste décrivent en effet la vie quotidienne d’un médecin légiste. Une trentaine d’histoires assez sordides, parfois drôles, mais toujours intéressantes. Ne cherchez pas ici le moindre style : Sapanet raconte à la première personne de façon factuelle, avec parfois quelques lourdeurs. Mais on s’en fout, ce qui compte, c’est la méthode d’identification d’un corps calciné, les asticots qui permettent d’évaluer l’heure de la mort ou une scène délicieuse de pot-au-feu d’os humains. Certaines chroniques deviennent de vraies nouvelles policières, avec suspense, preuves et résolution du crime, d’autres font figure d’anecdote. Michel Sapanet est ici le super-héros de la médecine légale étonnant, non ?), connaissant (presque) toujours les réponses… Un mec hyper sympa, qu’on a presque envie d’inviter le soir au coin du feu pour nous raconter de glauques histoires.

Ce n’est donc pas un grand livre, mais un petit documentaire au final assez instructif, qu’on peut lire petit morceau (miam) par petit morceau.

“Tu vas voir, ça se lit tout seul”

Posté dans nouvelles, Roman le novembre 27, 2011 par chickenloveuse

 

On vous a déjà conseillé ou vendu un livre avec cette remarquable phrase : “tu vas voir, ça se lit tout seul” ? Moi oui. Le dernier en date : “Stoner” de John Williams. Un livre qui se lit tout seul écrit par le compositeur de la musique de Star Wars ? Super, il doit être pour moi.

Sauf que ce n’est  pas le même John Williams.

Ah.

Bon, je le lis quand même.

Alors, en gros, c’est l’histoire d’un homme, William Stoner, bouseux de son état, envoyé à l’Université du Missouri au début du XXe siècle pour une formation en agronomie. Sauf que ce jeune homme va, grâce à un professeur, rencontrer l’amour. Mais pas n’importe lequel : l’Amour pour la Littérature. Ni une, ni deux, il plaque l’agronomie et la chimie des terres agraires pour se concentrer sur sa nouvelle passion. Il devient professeur d’université.

La force de ce roman, qui raconte toute sa vie, tient dans le traitement des personnages. En effet, vu comme ça, on pourrait croire à une histoire d’élévation sociale (le bouseux qui devient intellectuel grâce à l’éducation) mais c’est dans les faits plus compliqué que cela. Les choix de vie de Stoner ne viennent pas de lui : il devient enseignant poussé par un professeur, son choix de ne pas s’engager dans l’armée est là encore dicté par les autres. Et quand il se marie avec Edith, certes belle mais un peu timbrée, il ne fera toujours que ce qu’elle attend de lui. Stoner, Edith, les membres de l’Université : tous sont dépeints d’une manière assez corrosive. J’ai adoré certains passages pour cela, en particulier le personnage d’Edith, femme dépressive capable de tout pour maintenir une façade correspondant aux conventions sociales.

Oui, mais voilà. Le problème avec les livres “qui se lisent bien”, c’est qu’à moins qu’ils soient extrêmement bien ficelés, à un moment, on s’emmerde. Et dans “Stoner”, cela m’est arrivé à plusieurs reprises. L’histoire de cet homme est plus ou moins prenante, et surtout, l’écriture pet être un peu maladroite. Il est à noter que la traduction est d’Anna Gavalda, qui souhaitait vraiment faire découvrir au public francophone ce “chef d’oeuvre méconnu”. Sa première traduction, donc, qu’elle a (c’est ce qu’elle dit dans les interviews) vu comme une libre adaptation du matériau d’origine, presque comme une réécriture. Et j’ai comme l’impression que, sur la longueur, elle s’essouffle. Et c’est dommage.

En face des livres “qui se lisent bien”, on met souvent les livres plus denses, qui nécessitent de “rentrer dedans”, apprivoiser l’écriture, l’univers. Pas forcément plus réussis, mais de façon générale plus intéressants. Cette transition toute pourrie est juste un moyen pour parler d’un auteur et de deux titres en particulier, qui, contrairement à “Stoner”, ont un véritable souffle qui jamais ne diminue en intensité. Je ne peux m’empêcher d’en parler ici à cause de la triste nouvelle apprise aujourd’hui : le décès de Jacques Mucchielli, jeune écrivain dont en particulier les nouvelles écrites avec Léo Henry dans “Yama Loka Terminus” et “Bara Yogoï” correspondent tout à fait à cette définition. Et pour ne rien vous cacher, ces deux recueils de nouvelles ont été de vrais grands plaisirs de lecture… Une vraie densité dans l’écriture, un imaginaire assez génial, un univers très particulier qui m’a rappelé Volodine. Bref, pour ceux qui ne connaissent pas, laissez-vous tenter par le voyage, ça vaut vraiment la peine…  Et merci Jacques pour tout ça.

Explosions diverses de foufoune.

Posté dans Bande dessinée, Roman le novembre 26, 2011 par chickenloveuse

Me revoici dans un continuum espace-temps à peu près normal qui me permet d’actualiser enfin ce blog… Et peut-être modifier les trois visites par jour suite à une recherche sur les poils pubiens pour quelques-une de plus liées, là encore, à des organes génitaux.

Si je tente vaguement de me rappeler quelles lectures m’ont marquées ces derniers mois, la mémoire de poisson rouge qui me tient lieu de cerveau n’a qu’un seul mot à la bouche : China Mieville. Qui est China Mieville ? Il est beau, trotskiste (nul n’est parfait) et surtout c’est un motherfucking good writer que ma foufoune elle en est toute épuisée (à cause des explosions). Cf.  *PoUf* pour plus d’explications.

perdido street stationBref, j’ai lu “Perdido Street Station” de China Mieville, traduit par Nathalie Mège et paru aux éditions Fleuve Noir (en livre cher) puis chez Pocket (pour les pauvres). Et j’ai trouvé que Mieville a su à la fois développer un univers riche (la ville de Nouvelle-Crobuzon, glauque à souhait et toutes les espèces bizarroïdes qui s’y croisent), une histoire assez prenante (qui met néanmoins du temps à s’installer) et surtout une inventivité dans la langue et un grand pouvoir d’évocation (grâce soit rendue à la traductrice, d’ailleurs). Une grosse claque comme je les aime (métaphore inside). J’ai la flemme d’en dire plus, mais vous voyez l’idée.

 

Autre claque, mais plus récente et en BD : “Portugal” de Pedrosa. Pedrosa, j’avais adoré ses “Trois Ombres”, histoire de la mort d’un enfant et de l’amour paternel. Cet auteur me paraît beaucoup moins convaincant dans le registre de l’humour avec sa série “Auto-bio”. Le reste de ce qu’il a fait, je ne connais pas. “Portugal” est donc une très belle BD, en couleur, qui met en scène Simon, un auteur de BD dont la vie tourne à vide. Invité pour un festival au Portugal, puis au mariage de sa cousine,  il va commencer à s’intéresser à ses origines familiales, en particulier l’exil de son grand-père et partir sur la trace de ses ancêtres. Comme c’est dit dans Télérama, il ne se passe pas grand chose dans ces 200 pages et quelques. Mais ce n’est pas grave. Pedrosa développe ici un voyage introspectif touchant et sensible, et ce “Portugal” est vraiment un magnifique objet. Il paraît qu’il a été réimprimé car il se vend bien et c’est tant mieux.

Ce sera tout pour ce soir, il ne faut pas me pomper toute mon énergie non plus.

 

 

 

[Teasing] TU VAS BOUGER TON CUL, GROSSE FEIGNASSE ?

Posté dans Uncategorized le juin 12, 2011 par chickenloveuse

Bon, je sais. Mon dernier article remonte au mois de novembre dernier. Suite à de nombreuses plaintes, injures et demandes en mariage, j’ai décidé de m’y recoller.

PROMIS, j’abandonne le fan-club de Justin Bieber qui me prend vraiment trop de temps de cerveau disponible.

PROMIS, j’arrête de consulter ce blog trop débile.

PROMIS, j’arrête de regarder Glee (sauf l’épisode spécial Britney, parce que je ne peux pas résister).

J’vous kiffe, mes trois lecteurs.

 

Larcenet vs. Fabien Vehlmann

Posté dans Bande dessinée le novembre 30, 2010 par chickenloveuse

Non, je n’ai pas la prétention de comparer ces deux auteurs, c’est juste un titre accrocheur (et mensonger) pour parler de mes dernières lectures BD. Et il y a du bon !

J’avais entendu parler de l’album les Derniers jours d’un immortel de Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann lors du festival Quai des Bulles, et il a gagné le prix de la BD aux  Utopiales. Raison de plus pour aller voir dans ce beau livre édité par Futuropolis. C’est donc le la pure SF, avec une ambiance très particulière. Elijah, le personnage principal, est débordé car il a un métier très important : il est une sorte d’ambassadeur inter-espèces, dans une société globale où humains et vies extra-terrestres cohabitent. Il a plusieurs échos (des clones qu’il peut réintégrer à l’envi), et il apprend par hasard qu’un bon ami à lui a décidé de mourir sans l’en avertir. Chamboulé par cette nouvelle, il va commencer une introspection assez magnifique sur (pardonnez-moi du peu) le sens de la vie. Vous l’aurez compris, c’est pour moi un véritable coup de coeur. Les dessins de Gwen de Bonneval, d’un bleu-gris magnifique laissent place au vide, et sont en adéquation parfaite avec le propos.

Lors de la journée professionnelle de Quai des Bulles (excusez-moi de raconter ma vie passionnante de bibliothécaire), le formateur avait précisé que Vehlmann est le scénariste d’une série connue, Seuls. J’ai bien sûr fait comme si je connaissais, pour ne pas subir les regards désapprobateurs de mes collègues (mouton, tout ça…), et je me suis empressée de réparer cet oubli. Dans cette série, plus destinée à un public ado, les dessins sont assez classiques. Seuls raconte les aventures de quatre jeunes, seuls (ahah) à la suite de la mystérieuse disparition de tous les autres humains. Ils vont donc chercher d’autres survivants, mais aussi s’interroger sur le pourquoi du comment dans une série assez classique mais qui sait maintenir la tension. Pas mal, donc.

Et Larcenet, alors ? Si je l’ai mis dans le titre de ce modeste billet, c’est que, comme d’autres, j’aime beaucoup son travail (même si je le trouve inégal). J’ai lu le premier volume de Blast, paru chez Dargaud. C’est bien, mais j’aurai sans doute un avis plus argumenté quand j’aurai lu la suite. En effet, Blast ouvre pleins de portes, laisse beaucoup d’interrogations en suspens, et du coup j’ai un peu de mal à avoir un avis sur cet album. La suite, vite !

Enfin, je peux vous parler d’un petit bijou : Château de sable, de Pierre Oscar Lévy et Frederik Peeters. Il ne faut pas trop raconter l’histoire si on veux garder un total plaisir de lecture (Et puis ça m’arrange bien, vous avez vu comme ce billet est LONG ?)… Mais attention, c’est vraiment glaçant !

Antoine Choplin

Posté dans Roman le novembre 21, 2010 par chickenloveuse

J’ai découvert il y a quelques mois un auteur dont j’avais pas mal entendu parler quand son roman Radeau est sorti en 2003. Pour autant, malgré les critiques excellentes et un éditeur intéressant (la Fosse aux ours), je n’avais jusqu’à présent jamais ouvert un livre d’Antoine Choplin. J’ai lu Cour Nord, paru au Rouergue, et Apnées, paru à La Fosse aux Ours. Tous deux sont très différents et montrent deux facettes d’un auteur à découvrir.

Cour Nord se situe dans les années 1980, dans le Nord, dans un contexte social difficile : une grève, dure, et les relations attachantes d’un père et d’un fils. Ce dernier, passionné de musique, de jazz plus particulièrement, a un regard plus détaché sur le monde ouvrier que son père, prêt à faire une grève de la faim pour faire parler de son usine et contraindre la direction à accepter les revendications. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Cour Nord n’est pas un roman social. Il ne dénonce pas, le contexte est un décor laissant toute la place à des relations justes et touchantes entre des personnages dont au final on ne sait pas grand chose. Antoine Choplin a conçu ce roman comme un morceau de jazz, et son écriture en apparence simple  a une capacité à dire beaucoup avec peu de mots. Ainsi, quand le fils rend visite à son père pendant sa grève de la faim, le père dit : (je cite de mémoire) “tu feras comme les autres, tu frapperas avant d’entrer”. Et cette phrase veut dire beaucoup, ainsi que les silences, les dialogues pas finis… La figure de la mère, aussi, absente, dont on saura au final assez peu de chose, mais dont on comprendra qu’elle remplit les vides des vies de ces deux hommes. Une fois terminé, Cour Nord ne m’avait pas paru aussi fort. Mais finalement, avec un peu de recul, je pense que cette lecture va me marquer.

Très différent aussi bien sur le fond que sur la forme, Apnées est un roman génialement drôle. Le narrateur, un lexigographe féru d’apnée (ou l’inverse), se trouve coincé à Plan-les-Ouates à la suite d’une panne de voiture. Il va profiter de ces quelques heures pour visiter la ville d’une façon pour le moins originale : il va suivre une inconnue. Ce narrateur, un peu décalé, parle avec une langue de lexigographe. Pourtant, pas besoin de dictionnaire, tout coule naturellement, comme une jolie musique (Antoine Choplin est un mélomane, c’est sûr), et surtout, c’est drôle ! Un grand plaisir de lecture, vraiment.

Monkey Bizness de Pozla et Eldiablo

Posté dans Bande dessinée le novembre 8, 2010 par chickenloveuse

La couverture fouillis ne me paraissait pas plus engageante que cela, l’autocollant de la couverture (“Le dernière création des auteurs des Lascars“… Hein ? Des quoi ?) ne me disait rien qui vaille… Et pourtant ! Que j’ai bien fait d’ouvrir cette BD jouissive (et pas pour les enfants !)…

Tout part d’une relecture de la Planète des Singes. Bon, j’exagère peut-être un peu quand même, mais le Pitch est là : “la folie humaine a fini par avoir raison de la civilisation… Alors que sur une Terre dévastée par la guerre, les hommes sont retournés à l’état sauvage et les animaux ont repris le flambeau, un nouveau monde émergé sur les cendres de l’ancien… Une deuxième chance donnée à la vie… Mais les animaux sont bien aussi cons que leurs prédécesseurs…”

Et donc, on suit les aventures de deux singes à Los Animales, la cité du vice animal. Ils aiment l’alcool, les putes, la baston.  Les dialogues sont fleuris, ça va graphiquement dans tous les sens. Mais quel régal ! C’est bourrin et vraiment drôle.

Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret

Posté dans Bande dessinée, Jeunesse le octobre 24, 2010 par chickenloveuse

L’album de Sibylline, Capucine et Jérôme D’aviau, en plus d’être un bel objet, est une charmante BD. Comme j’ai la flemme de vous la raconter, le teaser en donne une bonne idée.

Donc c’est touchant, drôle, et  intelligent. Une sorte de conte philosophique pour tous mis en (belles) images. Chouette, quoi !

(Bon, d’accord, sur le coup, je suis TRES synthétique. Flemme, coupe du monde de twirling-bâton, mort de Georges Frêche, tout ça.)

Les cahiers ukrainiens de Igort

Posté dans Bande dessinée le octobre 18, 2010 par chickenloveuse

Après plusieurs voyages et un gros travail documentaire en Ukraine et en Russie, l’auteur-illustrateur Igort a décidé de parler d’épisodes sombres de l’histoire soviétique avec un diptyque dont le premier volume, Les cahiers ukrainiens, est paru cette année chez Futuropolis.

Il est question de deux années, 1932 et 1933, pendant lesquelles Staline décide d’affamer les Ukrainiens, trop autonomistes face à la collectivisation. Pendant ces deux années, c’est un quart de la population de l’Ukraine qui meurt de faim.

Igort brosse le portrait de plusieurs personnes ayant vécu cette famine. Au-delà des vols, maladies, de l’antropophagie et de la nécrophagie qui ont eu cours pendant cette période noire, c’est par les détails des histoires que l’horreur prend corps. On apprends par exemple que les familles moins pauvres que les autres s’achetaient de la peau de cheval, afin de la faire mâchonner aux enfants, pour calmer la sensation de faim. Pour le dire autrement, je suis sortie en colère de cette lecture, et, je pense, marquée durablement.

Pour en savoir (un peu) plus sur le travail d’Igort, voici ce qu’il en dit sur le blog de Futuropolis.

 

Une vie chinoise

Posté dans Bande dessinée le octobre 11, 2010 par chickenloveuse

De retour de Quai des Bulles, j’ai des phylactères plein la tête.

Une vie chinoise est une BD-témoignage sur la vie de Li Kunwu (le dessinateur), fils d’un cadre du Parti Communiste sous Mao. Ce premier volume raconte son enfance, dans la Chine du Grand bond en avant, du Petit livre rouge, et de la Révolution culturelle, jusqu’à ses 18 ans, où il se décide à devenir soldat. Ainsi, on voit, à hauteur d’enfant, une réalité qu’on connait au final assez peu. Li Kunwu et P. Otié racontent ainsi comment un gamin peut se faire embarquer par une folie collective.

Li Kunwu utilise la technique et le trait du dessin de la propagande chinoise, ce qui sert parfaitement le récit.

Un deuxième tome est sorti, Le temps du Parti, sur lequel je vais incessamment sous peu me jeter.

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